Vue aérienne de Cusco

L'ingénierie inca : les questions que tout le monde se pose ?

L'ingénierie inca : les questions que tout le monde se pose ?

L'ingénierie inca : les questions que tout le monde se pose ?

60 000 km de routes sans roue, des blocs de 200 tonnes sans mortier, des ponts suspendus sur des canyons : on répond aux grandes questions sur l'ingénierie inca, découvertes sur le trek du Salkantay.

L'ingénierie inca : les questions que tout le monde se pose ?

60 000 kilomètres de routes sans roue en métal. Des blocs de 180 tonnes assemblés sans mortier. Des ponts suspendus sur des canyons de plusieurs centaines de mètres. Notre guide sur le Salkantay nous a posé la question qui résume tout : si on n'est même pas capables de comprendre comment c'est fait, est-on vraiment capables de dire qui l'a fait ?

Ce que la science a mis des siècles à comprendre

Pendant des siècles, les chroniques espagnoles ont décrit les peuples andins comme ignorants de l'astronomie, de l'agriculture raisonnée, de la géométrie et de l'ingénierie. Cette vision a été intégrée aux livres d'histoire officiels, y compris ceux que les Péruviens eux-mêmes étudiaient à l'école jusqu'aux années 1960.

Ce que les découvertes archéologiques des années 2000 à aujourd'hui révèlent progressivement est tout le contraire.

Les Incas, et les civilisations qui les ont précédés, maîtrisaient des techniques que nous commençons seulement à comprendre grâce à la technologie moderne. La datation au carbone 14, le LiDAR (technologie laser permettant de cartographier des structures sous la végétation), les analyses spectrographiques des roches : ces outils ont révélé en deux décennies plus de choses sur l'ingénierie andine que quatre siècles de recherche traditionnelle.

Le paradoxe formulé par notre guide sur le Salkantay reste entier : si nous n'avons pas encore les moyens techniques de comprendre comment ces constructions ont été réalisées, pouvons-nous vraiment affirmer avec certitude qui les a réalisées ? La question n'est pas anecdotique. Elle remet en cause une grande partie des certitudes sur lesquelles l'histoire officielle des Incas a été construite.

Ce n'est pas une invitation au mysticisme ou aux théories extraterrestres. C'est simplement le constat que l'histoire andine est encore en train de s'écrire, et que ce qu'on sait aujourd'hui sera certainement incomplet ou partiellement faux dans vingt ans.

60 000 km de routes : comment et pourquoi ?

Le réseau routier inca est l'une des réalisations les plus spectaculaires de l'histoire humaine. 60 000 kilomètres de chemins praticables, traversant des jungles, des déserts, des plateaux d'altitude et des cols à plus de 5 000 mètres.

Pour comparer : les routes romaines, longtemps considérées comme le summum de l'ingénierie routière antique, atteignaient environ 30 000 kilomètres. Les Incas ont donc construit deux fois plus. Sans roue en métal. Sans animaux de trait adaptés au portage lourd. Sur une géographie bien plus complexe que celle de l'empire romain.

Ce réseau n'était pas uniforme. Il existait trois types de chemins, chacun avec une fonction précise :

  • Les chemins commerciaux reliaient les différentes zones écologiques de l'empire : la jungle, le plateau andin, le littoral. Ils permettaient la redistribution permanente des denrées alimentaires à travers tout le territoire, conformément au principe de réciprocité qui organisait la société inca.

  • Les chemins des messagers fonctionnaient sur un principe de relais. Des coureurs, sélectionnés dès l'adolescence parmi les jeunes les plus athlétiques entre 14 et 18 ans, parcouraient des tronçons de 8 kilomètres à vitesse maximale avant de passer le message au relais suivant. Résultat : un message parcourait 60 000 kilomètres en quelques jours. La distance entre Quito, en Équateur, et Cusco, soit environ 2 000 kilomètres, était couverte en 40 heures. Aucun système de communication n'a été aussi rapide en Amérique avant l'arrivée du télégraphe.

  • Les chemins de l'empereur, enfin, étaient réservés exclusivement au Sapa Inca ou à une personne expressément autorisée par lui. C'est sur l'un de ces chemins impériaux que passe le trek du Machu Picchu, ce qui explique en partie son statut exceptionnel.

Le Qhapaq Ñan, le réseau routier inca, est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2014. Il traverse six pays : Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie, Argentine et Chili. Site UNESCO Qhapaq Ñan

Les Quipus : un système d'écriture encore mal compris

On a longtemps dit que les Incas ne connaissaient pas l'écriture. C'était une affirmation confortable, qui justifiait leur classification parmi les civilisations "primitives" dans les chroniques espagnoles. La réalité est bien plus complexe.

Les Incas utilisaient les Quipus : un système de cordes à nœuds, de différentes couleurs, de différentes matières et de différents espacements, capable d'encoder des informations d'une sophistication que la science commence seulement à mesurer.

Exemple de Quipus utilisé à l'époque Inca

Il en existe trois types distincts, et ils ne fonctionnent pas de la même façon.

  • Le premier type est le plus simple à déchiffrer : un système de comptabilité numérique. Les nœuds représentent des unités, des dizaines, des centaines, des milliers. Les couleurs et les matières des cordes indiquent ce qu'on comptabilise : du maïs, des têtes de bétail, des soldats, des sacs de graines. Les archéologues et linguistes ont réussi à interpréter ce type avec une relative fiabilité.

  • Le deuxième type est bien plus mystérieux. Les cordelettes sont beaucoup plus nombreuses, les coordonnées des nœuds sont très rapprochées, les matières sont plus variées. Moins de 50 exemplaires de ce type ont survécu, et aucun chercheur n'est encore parvenu à le déchiffrer complètement. On sait seulement qu'il servait de lien entre le président d'une communauté et les autorités impériales. Ces Quipus pouvaient peser plusieurs centaines de kilos et nécessitaient plusieurs personnes pour être portés.

  • Le troisième type est le plus récent à avoir livré ses secrets. Un chercheur a réussi à déchiffrer 40 % de son contenu en découvrant que le nom du matériau de la corde ou le nom de la couleur en quechua, combiné à l'angle d'attache de la cordelette, formait une sorte d'alphabet. Ce n'est pas un alphabet au sens occidental : c'est un système à la fois mathématique et sémantique, dont l'interprétation était réservée à une caste de spécialistes appelés Quipucamayocs.

Les ponts suspendus : l'ancêtre de la tyrolienne

Le réseau routier inca devait traverser des dizaines de canyons profonds dans les Andes. La solution développée par les ingénieurs incas : le pont suspendu en fibres végétales, une prouesse qui défie encore aujourd'hui les ingénieurs modernes.

Le plus long pont suspendu organique jamais retrouvé atteignait près de 3 kilomètres, tendu entre les deux parois d'un canyon au-dessus d'un fleuve, en cordes de cuir d'alpaga. Des structures de cette envergure, construites avec des matériaux naturels et sans aucun élément métallique, résistaient au poids de plusieurs personnes en simultané.

Le dernier pont suspendu inca encore en activité s'appelle le Queshuachaca. Il mesure 30 mètres de long et est suspendu au-dessus du fleuve Apurímac, à environ 3 heures au sud de Cusco. Ce pont n'est pas une reconstitution pour touristes : il est entièrement reconstruit chaque année au mois de juin par les habitants des quatre communautés locales, qui utilisent exactement la même technique qu'à l'époque inca, avec des herbes de la famille des Ichu tressées à la main. La reconstruction prend trois jours, et la tradition est classée au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO.

Dans un autre registre, des archéologues ont retrouvé dans les Parques de la région de Cusco une corde en cuir d'alpaga datée d'environ 1 400 ans avant les Incas, à 6 280 mètres d'altitude, lors de l'ascension d'un sommet bolivien. Ce qui signifie que des êtres humains atteignaient des altitudes de plus de 6 000 mètres avec uniquement des cordes en cuir et une foi absolue, bien avant que les Incas eux-mêmes n'existent.

La cérémonie annuelle de reconstruction du pont Queshuachaca a lieu chaque mois de juin. Si votre voyage au Pérou coïncide avec cette période, c'est l'une des expériences les plus authentiques qui existent. Queshuachaca sur Google Maps

Pour aller plus loin : Le Canyon de l'Apurímac, où se trouve le Queshuachaca, est l'un des canyons les plus profonds des Amériques. Il est accessible depuis Cusco en une demi-journée de route.

Les blocs mégalithiques : sans mortier, sans roue, sans explication satisfaisante

C'est probablement la question d'ingénierie inca qui fascine le plus, et qui génère le plus de théories : comment ont-ils déplacé et assemblé des blocs de pierre de 180 à 220 tonnes sans mortier, sans roue en métal et sans aucun des outils que nous considérons indispensables ?

Au temple du Soleil (Qorikancha) à Cusco, les blocs de la base mégalithique pèsent entre 100 et 220 tonnes. Ils sont emboîtés les uns dans les autres avec une précision au millimètre, sans aucun mortier. Lorsqu'un séisme frappe, les pierres s'ajustent légèrement les unes par rapport aux autres et reprennent leur position : un système parasismique que nos ingénieurs modernes peinent encore à reproduire exactement.

À la carrière de Cachicata, en face du site de Sacsayhuamán, on a retrouvé des roues en granite qui constituent l'une des rares preuves matérielles des techniques de transport utilisées. Les blocs étaient équipés de tenons que l'on insérait dans des rainures taillées dans ces roues, puis descendus calmement jusqu'au fleuve sans que la pierre ne se brise. Traversée du fleuve. Travail de la pierre sur place.

Mais le transport seul ne suffit pas à expliquer la précision de l'assemblage. En 2007, puis en 2016, des analyses scientifiques très poussées de la composition des roches de certains sites incas ont révélé quelque chose d'inattendu : par la lecture des propriétés géologiques de ces pierres, on peut déduire le diamètre de la Terre, sa circonférence, la distance par rapport au Soleil et la vitesse de révolution terrestre. Des données que Copernic n'a formulées que bien plus tard en Occident, et que ces pierres semblent encoder d'une façon ou d'une autre.

Pour aller plus loin : Sacsayhuamán, à 3 kilomètres de Cusco, est le site inca où les blocs mégalithiques sont les plus impressionnants et les plus accessibles. L'entrée est incluse dans le billet touristique général de Cusco (Boleto Turístico). Sacsayhuamán sur Google Maps

Les trous dans les falaises : comment montaient-ils ?

En parcourant certaines vallées andines, on observe un phénomène qui laisse perplexe : des ouvertures creusées dans des parois rocheuses verticales, à 200, 300, parfois 400 mètres du sol. Certaines contiennent des sépultures. D'autres semblent avoir été des lieux de stockage ou d'observation.

La question est simple : comment y accédait-on ?

Deux réponses seulement semblent physiquement possibles. Soit ces ouvertures étaient accessibles par le haut de la montagne, en rappel avec des cordes, ce que les découvertes de cordes en cuir d'alpaga à haute altitude rendent tout à fait plausible. Soit l'accès se faisait depuis le bas, avec un système d'échafaudage ou de cordage ascendant dont aucune trace physique n'a survécu.

Les Chullpas de Sillustani

Ce qui rend ces ouvertures particulièrement intrigantes, c'est leur localisation délibérée. Elles ne sont jamais au hasard : elles font face à des orientations astronomiques précises, surplombent des confluences de rivières sacrées, ou marquent des points de passage stratégiques dans la géographie locale.

Les Chullpas de Sillustani, près du lac Titicaca, sont parmi les structures funéraires les plus impressionnantes de la civilisation pré-inca. Elles illustrent une maîtrise comparable de la construction en pierre à des altitudes et dans des conditions extrêmes. Sillustani sur Google Maps

FAQ

Vous avez des questions, nous avons peut-être des réponses !

01

Comment les Incas déplaçaient-ils des blocs de plusieurs centaines de tonnes ?

Les techniques exactes ne sont pas encore totalement élucidées. Les preuves disponibles pointent vers des systèmes de leviers, des roues en granite pour le transport sur terrain plat, des rampes de terre temporaires pour l'élévation, et des cordes en fibres d'alpaga ou végétales. La maîtrise de ces techniques nécessitait une organisation sociale considérable.

02

Où peut-on voir les plus beaux exemples d'ingénierie inca au Pérou ?

03

Les Quipus sont-ils encore utilisés aujourd'hui ?

04

Le réseau routier inca est-il encore praticable ?

FAQ

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01

Comment les Incas déplaçaient-ils des blocs de plusieurs centaines de tonnes ?

Les techniques exactes ne sont pas encore totalement élucidées. Les preuves disponibles pointent vers des systèmes de leviers, des roues en granite pour le transport sur terrain plat, des rampes de terre temporaires pour l'élévation, et des cordes en fibres d'alpaga ou végétales. La maîtrise de ces techniques nécessitait une organisation sociale considérable.

02

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Les Quipus sont-ils encore utilisés aujourd'hui ?

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Le réseau routier inca est-il encore praticable ?

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01

Comment les Incas déplaçaient-ils des blocs de plusieurs centaines de tonnes ?

Les techniques exactes ne sont pas encore totalement élucidées. Les preuves disponibles pointent vers des systèmes de leviers, des roues en granite pour le transport sur terrain plat, des rampes de terre temporaires pour l'élévation, et des cordes en fibres d'alpaga ou végétales. La maîtrise de ces techniques nécessitait une organisation sociale considérable.

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